Equitatio ou équitation
Equitatio ou Equitation … telle est la question …
Bipédie sur quadrupède : monter ou faire de l’équitation ?
La célèbre formule attribuée au général Decarpentry – « l’équitation est l’art de la bipédie sur le quadrupède » – résume en quelques mots toute la complexité de cette discipline.
Car monter à cheval n’est pas seulement se poser sur un animal et le diriger.
Cela, les humains savent le faire depuis très longtemps.
Mais faire de l’équitation, c’est autre chose.
« L’équitation est l’art de bien monter à cheval et de le dresser. »
François Robichon de La Guérinière
Cette phrase, écrite au XVIIIᵉ siècle, résume déjà toute l’ambition de l’équitation :
non pas simplement monter à cheval, mais former le cheval et le cavalier dans une recherche d’équilibre et d’harmonie.
Pourtant, si l’on revient à l’origine du mot, le sens était beaucoup plus simple.
Le mot équitation vient du latin equitatio, qui signifie simplement le fait de monter à cheval.
À l’origine, c’est exactement ce que l’on demandait au cheval.
- Se déplacer plus vite.
- Transporter des marchandises.
- Parcourir de longues distances.
- Aller à la guerre.
Le cavalier devait surtout savoir :
- se maintenir sur le cheval
- le diriger
- le faire avancer.
Autrement dit : utiliser le cheval pour accomplir une tâche.
Mais très tôt, certains cavaliers observent que le cheval peut faire bien plus que cela.
Ils comprennent qu’un cheval mieux équilibré, mieux préparé physiquement et mieux compris devient :
- plus disponible
- plus puissant
- plus durable
- plus harmonieux dans ses mouvements.
C’est ainsi que naît progressivement l’équitation, non plus comme une simple pratique utilitaire, mais comme un art du mouvement et de la relation entre le cheval et le cavalier.
L’équitation : un art ancien
Dès l’Antiquité, Xénophon évoque déjà une équitation fondée sur la compréhension du cheval et la recherche d’un mouvement harmonieux.
Au fil des siècles, les maîtres d’équitation développent une véritable science du mouvement du cheval monté.
Parmi eux :
- François Robichon de La Guérinière
- François Baucher
- Gustav Steinbrecht
Tous poursuivent le même objectif : améliorer le cheval grâce à la justesse du cavalier.
Dans cette vision, le cheval n’est plus seulement un moyen d’action.
Il devient un partenaire dont on cherche à développer l’équilibre, la force et la disponibilité.
Deux pratiques qui existent encore aujourd’hui
Aujourd’hui, ces deux approches continuent de coexister.
« L’équitatio » : monter à cheval
Dans cette approche, le cheval est surtout un moyen de réaliser une action.
Le cavalier demande :
- d’avancer
- de tourner
- de s’arrêter
- de franchir un obstacle.
Le cheval exécute ce qu’il peut, comme il peut.
L’objectif est d’obtenir l’action demandée, pas nécessairement d’améliorer le cheval.
« L’équitation » : améliorer le cheval
Dans l’équitation au sens des grands maîtres, l’objectif est différent.
Il ne s’agit plus seulement d’obtenir des actions.
Il s’agit de former le cheval et le cavalier.
Le cavalier cherche alors à :
- comprendre la locomotion du cheval
- affiner ses aides
- organiser son propre corps
- améliorer progressivement l’équilibre et la disponibilité du cheval.
Chaque exercice doit contribuer à :
- améliorer la locomotion
- développer la musculature juste
- préserver le cheval
- affiner la communication entre les deux partenaires.
Une responsabilité entre les mains du cavalier
Les grands maîtres l’ont toujours affirmé :
la première difficulté de l’équitation n’est pas le cheval.
C’est le cavalier.
Sa posture.
Son équilibre.
Sa mobilité.
Sa capacité à sentir et à moduler ses actions.
Comme le rappelait Gustav Steinbrecht :
« Chaque cavalier porte dans ses mains l’avenir de son cheval. »
La manière dont le cavalier monte influence directement la façon dont le cheval se développe, s’organise ou se défend.
Monter à cheval, c’est obtenir un mouvement.
L’équitation, c’est en améliorer la qualité.
Et c’est là que se situe toute la différence entre ceux qui utilisent un cheval et ceux qui cherchent réellement l’équitation.
On peut faire beaucoup de choses sur un cheval…
sans forcément faire de l’équitation.











